Le roman «Modon El-Morjan» de Zahra Kechaoui.. La littérature comme un moyen de la reconstitution du récit colonial


Article de : Islem Kheniche

​L'occupation française de l'Algérie n'était pas un sort du hasard ou une spontanéité historique, mais c'était une concrétisation des convoitises européennes, spécifiquement Françaises, et pour Napoléon Bonaparte, l'Algérie était toujours ce pays à conquérir, mais il n'a pas pu vivre cet instant car les Français ont occupé l'Algérie en 1830, neuf ans après sa mort.

Historiquement, la période d'avant 1830  est moins citée dans le récit mémorial algérien, même en littérature nous n'avons pas, un récit national qui bifurque dans les profondeurs de la société algérienne, chose qui a implusé beaucoup de questionnements sur la présence ottomane en Algérie et en Nord Afrique.

Un nouveau roman en langue arabe de la romancière algérienne Zahra Kechaoui intitulé «Modon El-Morjan»(Les villes du corail) vient de paraître chez les éditions Mim en Algérie 2023, ce roman est un travail littéraire bien rédigé et spécial sur la période du règne ottoman en Algérie, car le lecteur lit sur cette période sur la langue d'un espion français qui raconte son journal au sein de ce pays.


Victor du Hugo, «un oueil des yeux de Napoléon», fût envoyé dans un voyage vers le port d'el Kharz laqdim, les évènements du roman se déroulaient, la plupart du temps à El Kala, cette ville côtière qui représentait à ce temps un grand marché du corail pour les européens, ainsi, Victor s'est présenté comme étant un grand marchand français de corail. Dès le début de la narration, ce marchand nous décrit le contexte social entre les marchands de corail étrangers et les ottomans qui ont le pouvoir politique du pays et les habitants de majorité autochtones. Ce qui nous laisse découvrir la nature de la relation entre les deux rives de la Méditerranée, car le littoral algérien fût exploité par les français grâce à leur accord signé avec les ottomans qui stipule d'exploiter le corail du littoral en payant les ottomans d'une somme symbolique. Le roman nous montre aussi comment les français ont profité de cet accord pour l'espionnage de l'Algérie.

Dans le roman, nous lisons comment le Bacha ne se souciait pas de l'intérêt nationale de la population et de la patrie, tout ce qu'il cherchait c'était de faire accroître sa fortune, Victor en disait :«Les Ottomans sont occupés à consolider leur pouvoir par l'argent et la guerre, ils ignorent la situation des peuples et du monde, ainsi que la situation de progrès et de civilisation que nous avons atteint», ce discours très nuancé montre l'aspect de la gouvernance ottomane qui s'est laissée dans les convoitises de ses chefs tout en négligeant le contexte dangereux et les enjeux du moment qui se jouent dans le littoral africain, chose qu'a su profiter les français en occupant l'Algérie. Dans un débat entre Victor et son ami espagnol Diego, ce dernier lui confie :«de grands dangers vous entourent Victor, mais vous savez, quand la barbarie et l'ignorance des peuples s'accroîtent le chemin de pillage serait plus aisé», ainsi, les européens avaient conscience sur la flagrante disproportion entre les deux continents, car en développant l'industrie et le commerce en Europe, surtout avec la révolution industrielle, les ottomans étaient dans leur ancien modèle défaillant, et comme étant l'ignorance est une arame de destruction massive des civilisations, ça a joué très fort sur la propagation de la gangrèneté dans le règne ottoman.


Cette disproportion de la pensée entre les deux continents se voit clairement dans le roman à travers le discours d'Elizabeth avec son mari l'ottoman Bash El Makahliya, et ce, lorsque elle lui parlait sur Volta avec sa découverte de la batterie et la Boétie et Laplace, il lui a répondu ébahi :«si quelqu'un d'autre entende ton discours ils vont te qualifié de stupidité et de folie».

Elizabeth a participé d'une manière essentielle à la collecte des informations à l'armée française, comme étant elle était aussi une espionne qui travaille pour le militaire Victor. Cette femme était cultivée possédant une bibliothèque comblée de livres, sa perspicacité l'a laissée souple pour effacer ses traces, elle était encore un modèle efficace de la femme qui sert son pays, car sa tâche était spéciale et ne peut qu'être élaborée par une femme, elle s'est mariée avec Bash El Makahliya pour l'intérêt de la France et son empreur Napoléon. Celui qui lit le roman, trouve en Elizabeth cette faculté de duper bach El makahliya avec sa beauté et ses paroles, elle représente dans le roman une forme de Chahrazed dans le récit des «Mille et une nuit», elle lui raconte chaque jour les merveilles de l'Europe, elle a aidé son pays dans cette mission, mais savait toujours que la femme est reçue dans le deuxième ordre après l'homme et peut être que l'histoire l'oubliera, elle en dit à Victor :«les belles femmes peuvent servir la République comme le faisaient les militaires et le premier consul en tout mérite, mais je jalouse les hommes car la nation s'en souvient plus».


Le travail imminent de la romancière est montré dans ce texte, surtout en réincarnant Victor l'espion, car il est subjectif en narrant, mais le pari de Zahra est de le faire chuter dans le dillemme de la conscience, ou ce que j'appelle la critique du colonialisme en interpellant l'autre, et ce, lorsqu'il a sacrifié sa vie pour sa patrie et a commis des crimes pour cela, il a quitté son pays, sa famille, ses amis pour vivre dans l'insécurité et la peur quotidienne, car il reçoit l'abondan de son pays, tant pis, il était mis sur la liste à assassiner, et ce à l'arrivée de l'espion français Boutin qui est venu sous les ordres de Napoléon pour collecter plus d'informations sur l'Algérie, cette personnalité connue dans l'histoire comme étant celle qui a servi l'occupation française avec beaucoup d'informations sur ce pays à coloniser. Ainsi, l'assassinat de Victor fût dictée comme obligation dans les milieux militaires français, chose qui le détruit, cet homme qui a toujours devancé l'intérêt de son pays sur le tien, il découvre horriblement qu'il est distingué dans son pays comme un traître, ce mauvais sort l'obligeait donc à continuer les années de sa vie dans un pays qu'il a détruit avec ses complots, et sa mémoire le hantait par tant de crimes qu'ils a commis, il en dit :«en tout malheur, je me suis mis à écrire et écrire, et l'écriture devient toute seule l'amie de ma solitude et mes dires, je fais confiance au papier tout seul sur mes secrets et mon histoire et la vie m'a tourné son dos, et je suis étonné vraiment de mon choix de négliger mon intérêt en voyant aujourd'hui comme je suis trahi»

Les questionnements de la conscience encerclent Victor, il médite la pertinence de la question qu'il a pris, n'est-elle pas juste un fantasme de Napoléon ? N'est-elle pas une salle guerre despote? Pourquoi a-t-il choisi ce chemin ? Sommes-nous obligés de poursuivre notre pays lorsqu'il nous dicte la voie de l'outrage et du mal? Toutes ces questions et d'autres se posaient dans la conscience de Victor et elles le rendaient faible, des questions qui sont contextuelles même, car chaque être humain doit les penser pour parvenir à nunacer la matière qui différencie entre la guerre et la paix, entre le pouvoir et la partie, et comme victor en dit :«Comment peut-on semer la foi avec la guerre?». 

 Dans ce roman, le récit colonial s'effondre, et tous les mensonges portés par les pays colonialistes n'étaient que des prétextes pour la violence, la guerre et la dilapidation des richesses des peuples colonisés, sur ce, et en prenant d'autres expériences littéraires qui s'inscrivent dans la logique du récit post-colonial, je trouve qu'elles ont compris la nécessité de l'écriture comme un outil de construction de la pensée par l'art du beau littéraire, car l'expérience de l'art et la créativité ressurgissent de la conscience et l'aspect du beau, tandis que le colonialisme occidental les a utilisés a des fins sordides, voir inhumaines.


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