"Le serment d’Oudja" ou le début des renversements et de la dictature en Algérie Quand la littérature dévoile les arnaques d’un homme

Par : Islem Kheniche 

«Le serment d'Oujda» roman de l’ecrivain et ancien chef de cabinet du gouvernement Mansour Kedidir, publié aux éditions Frantz Fanon en Algérie en 2023. Dans ce travail, le romancier retrace la vie de l'une des figures les plus controversées de l’Algérie, une qui a marqué son nom de la guerre d'indépendance à nos jours. Il s'agit de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika, dont on ne retrouve pas le nom réel dans le roman, mais plutôt le nom de Laassal, ainsi, toutes les références pointent vers lui. Un roman important, tant narrativement qu'historiquement, car il cherche à écrire une partie de la vie de cet homme à travers un mélange de fiction et de réalité. Et sans aucun doute, la littérature constitue ici le grand pari pour l’écrivain et le lecteur, en plus de l’histoire de cette personnalité.

Dès le début, on revient sur l'enfance de Laassal, où il est né à Oujda et y naquit à la frontière algéro-marocaine. C'était un enfant dont ses amis et tout le monde se moquaient parce qu'il était un nain et le maltraitaient. Cela lui a permis d'aiguiser sa détermination et poursuivre ses études jusqu'à atteindre des rangs élevés dans le parti de la révolution le FLN. De là, on suit son histoire d'amour avec Zohra, mariée de force par un commando responsable du front. À partir de ce moment-là, ils se sépareraient.

Laassal, a été élevé dans le giron du soufisme et a suivi ses rêves depuis lors, voire aboutir à une classification sociale élevée. Il a fait preuve d'intelligence dans ses missions pour le front, ce qui a fait de lui une figure connue et une pierre angulaire du clan d'Oujda. Après l'indépendance, il se retrouvera le deuxième homme du régime après le colonel Bergui (le personnage du colonel Boumediene dans le roman), car il était son ombre et sa décision.

Laassal a été un outil clé pour imposer le coup d’État au président Ben Bella et prendre ainsi le pouvoir. Bouteflika était connu pour sa ruse et sa capacité à jouer du mot comme de l’acte. Cette personnalité faisait de lui l'homme le plus important entre les mains du colonel Boumediene, et c'est peut-être ce qui l'a aidé, car il était un ministre important, mais il avait un comportement anormal et noceur, adulant les femmes et l’alcool, par rapport à sa position au sein du gouvernement. Le narrateur dit de lui : "Laassal avait la réputation de mener une vie volage. Ses journées commençaient toujours vers la fin de mâtinée. Il rejoignait son bureau, tenait une réunion d’une heure avec son secrétaire général et quelques directeurs, signait des décisions importantes et prenait route vers la villa sur la plage où, à la tombée de la nuit, de belles créatures venaient égayer les membres de son groupe et des officiers supérieurs de l’armée. Le vin et l’alcool coulaient à flot. Les femmes en tenues affriolantes, se laissent cueillir pour se faner à l’aub". Au cours de ces soirées endiablées, de nombreuses affaires de l’État furent gérées et de nombreux plans et coups d’État furent exécutés entre les personnages les plus importants de l’État. Comme dans le roman ou dans les témoignages réels, Laassal était un homme perdu dans la débauche et les réjouissances, et ainsi l'établissement de l'État a commencé à partir d'hypothèses étroites adaptées aux besoins étroits de personnes.

Ainsi, le romancier nous emmène à une étape déterminante de l'histoire du pays, afin qu’on puisse lire la biographie étonnante d'un homme dont la carrière s'est développée depuis son enfance à Oujda jusqu'à son accession transcendante à la présidence de l'État et toutes les étapes qu'il a traversées. Dans ce roman, on peut comprendre le caractère de cet homme qui était préoccupé par quelques fantasmes dans sa jeunesse et le spectre d’anciens amis qu'il voulait se venger et de tout le monde pour prouver sa ruse et son caractère. Après l'indépendance, il était un homme turbulent, un ministre et l'un des hommes les plus importants du pouvoir, et un problème permanent pour l’image de l’Etat.

Laassal a quitté le pays par l’étroite porte jour de la mort de Bergui, car ses actions ne plaisaient pas à l'entourage du pouvoir et des militaires, mais parce que le président Boumediene était son ami et son protecteur, personne n'osait le toucher à son vivant. Le ministre Laassal avait semé le chaos et dirigeait la ministère de cette manière. Oui, il était intelligent et c'est pourquoi il a pu tout gérer devant son patron, mais la mort de ce dernier l'a laissé vulnérable aux mâchoires des militaires et de ses anciens amis du parti, il sera donc absent du pays pendant longtemps. À son retour à la demande des militaires au cours de la décennie, il va vivre une longue expérience spirituelle, et c'est ce qu’on suit dans ce roman. Il irait dans plusieurs coins pour chercher des bénédictions, dont le premier fut la mausolée d’Ouled Sidi Cheikh, afin de se débarrasser de ses péchés et voir le droit chemin. Il est étrange de voir un personnage aussi épineux prendre ce chemin, mais si on revient à son enfance, on comprend le problème, mais quelque chose d'étrange l'entourait toujours et personne ne comprenait pleinement sa personnalité.

Le destin lui a donné la chance qu'il espérait, et le pays tout entier a été gouverné par lui, mais il a abusé de son pouvoir et il y a semé le chaos pendant vingt ans, et détruit une opportunité d’élaboration d’un projet de société et un état démocratique. Suivre sa personnalité et son parcours depuis son adhésion à la révolution jusqu'à sa mort nous révèle une personnalité de vengeance et profondément égocentrique, mais comment un pays comme l'Algérie a-t-il pu céder aux fantasmes d'un tel homme ? Cette question restera sans réponse absolue, et ainsi les romans nous aident à comprendre certaines choses auxquelles seule la littérature peut accéder.

Sur le plan narratif, l’auteur a présenté un texte bien construit, avec une belle langue. Même il avait l'habileté à présenter la vie du défunt président de manière narrative avec des métaphores a fait de la lecture du roman un chemin différent, car le lecteur se retrouve à comparer les événements du roman avec ce qui s'est réellement passé dans le pays. La conclusion fut ouverte et symbolique se terminant par la chute du président Bouteflika. Un agent de nettoyage dit a la fin : "Ils ont démit le président Laassel », et un homme devant la voie ferrée lui répond : « Qui, ils? » L’agent lui répond : « Ce sont les autres, ceux qui l’avaient planté , ils l’ont déplanté aujourd’hui.»


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