"El-Asnam" roman d'Amin Zaoui.. de la littérature de la catastrophe à la critique de la réflexion sociale
Écrit par : Islem Kheniche
L'Algerie a connu des catastrophes naturelles qui ont influencé sur la construction sociale et culturelle de la société, jusqu'à aujourd'hui l'imaginaire collectif remémore le siésime d'El-Asnam en 1980 et les inondations de Bab El Oued en 2001, ces deux événements importants dans l'Algérie post-indépendance ont provoqué des milliers de morts et la destruction des infrastructures. La littérature et l'art dans notre monde servent à questionner de telles catastrophes sur les séquelles qu'elles provoquent, et je pense que l'art sous toutes ses formes, dans telles questions, est le meilleur remède qu'il pourrait être intéressant à investir.
Le romancier algérien Amin Zaoui, nous lance dans le siésime de El-Asnam de 1980 avec son nouveau roman écrit en arabe «El-Asnam» Ed Dalimen en Algérie et Al-Ain en Égypte, un roman qui a été nominé dans la longue liste du prix Booker Arabe du roman, avec ce récit littéraire le romancier nous ramène à une profonde pensée sur cette catastrophe naturelle qui a endeuillé les algériens, mais comme étant la littérature est l'art subtil qui pénètre les esprits et dissèque les sentations, le roman se glisse dans le traumatisme psychique des algériens suite à cet événement, et Zaoui pose des questions dans le roman, ce siséme est-il un facteur important dans le changement de la société algérienne ? Cette période là, est-elle le début des échecs que connaîtra l'Algérie ci-après ?
C'est l'histoire des deux frères Hmimed et Mehdi, le premier est acharné et turbulent et le deuxième est doux et gentil, la conscience de Hmimed se construise lors de la perte de son frère et ce pose une problématique essentielle dans la construction romanesque.
Le siésme d'El-Asnam est venu dans un contexte national et régional troublé, avec la montée du mouvement de contestation berbère et la fin du règne du président Houari Boumediene, et avec la montée des mouvements islamistes qui ont voulu s'accaparer du pouvoir, surtout avec l'expansion du djihadisme surgi pleinement avec la guerre soviéto-afghane. Ces événements étaient les catalyseurs de ce que vivra l'Algérie les années suivantes, et le siésme de 1980 a traumatisé le tissu social de plus, car en suivant la vie de Allala Flita le père de Hmimed il nous raconte la relation de ces événements avec la situation du pays. Sur ce, Hmimed est parti dans un longue voyage, à travers différents pays, pour venger la mort de son frère Mehdi, et il se trouvait donc en Afghanistan prenant l'arme à côté des djihadistes, où il nous raconte les effets de cette expérience sur sa pensée.
Dans la symbolique du siésme Hmimed dit :«J'ai laissé l'Afghanistan en Afghanistan, là-bas lointainement, mais je l'ai trouvée en Algérie ou dans une part d'elle.. un siésme qui a frappé durement et a laissé le tout instable».
Amin Zaoui, dans ses travaux, à l'encontre de ce roman plaide pour la coexistence des religions au sein de la société algérienne, car tout était bien dans ce sens, les gens cohabitaient dans l'espace public avec leurs différences, et ce a donné un beau aspect de ce qu'on appelle la citoyenneté, ce concept n'était pas peut être assimilé par les gens mais ils le vivaient pleinement et spontanément car la tolérance régnait. Ainsi, le roman nous montre la dégradation de cette notion dans notre société, ce qui a provoqué la décomposition du tissu social et la décennie noire sanguinaire.
l'Algérie post-indépendance était une autre image despote contraire à ce qu'aspiraient les algériens, car elle a affronté ses enfants avec un sort ingrat, ceux qui battaient hier pour elle n'avaient plus la palce dans ce pays, à l'instar de Cheikh Messaoud le juif que le chagrin ne quitte plus au cours du roman, car il voyait après l'indépendance sa synagogue transformée en mosquée, ce lieu de culte juif où il prenait le risque en recevant les Moudjahidin et les cachant de l'armée coloniale.
Le roman impulse des questions pertinentes sur le vuvre ensemble, car comment quelqu’un qui a consacré ses efforts, sa vie et sa religion en faveur de l’indépendance de ce pays a-t-il pu être ainsi rejeté? Comment peut-il qu'un jeune intégriste dans le roman a pu jouer des gens pour qu'ils banissent et haïssent un homme lucide comme Cheikh Messaoud? Ces questions marque une page essentielle du roman comme celle de l'Algérie post-indépendance et pose des problèmes qui méritent d'être déchiffrés dans la réflexion sociale. Hmimed était différent car il a refusé ce sort qui était imposé à l'algérie et cette fracture de la société, et par malheur, la guerre de libération est transformée en un outil dans les mains du pouvoir en l'utilisant pour s'accaparer du pouvoir et interdire les libertés et instaurer la dictature.
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