«Le bouclier de Massinisa».. Pour la réappropriation du mythe
Par : Islem Kheniche
Le mythe est un facteur important dans la construction humaine et sociale des peuples, les Grecs ont pu développer toute leur science en s'appuyant sur les mythes, les romains ont battu le monde avec leur mythologie, et le monde d'aujourd'hui fait référence au dieux de la mythologie antique.
Les amazighs ont leur histoire millénaire, une mythologie antique et des savants qui ont donné du savoir et de la connaissance au monde contemporain.
Avec son nouveau roman «Le bouclier de Massinisa», Ed Frantz Fanon 2023, Ahmed Gasmia nous transporte à Caesarea(Actuel Cherchell) où le règne de Youba II, l'histoire est captivante par sa construction narrative et sa fiction qui donne à suivre l'histoire et le mythe auquel croyaient les Numides. À la recherche d'un bouclier mythique qui servira pour unir les tribus numides contre le règne romain, un homme assez riche recrutait des hommes pour cette aventure, et le jeune Ayrad y prenait part avec le convoi pour récolter de l'argent et payer les dettes de son père et le libérer de l'emprise des usuriers, mais ce voyage s'avère dur et peu de gens y ont résisté, un voyage chargé de leçons et d'expériences, et Ayrad comme étant n'est pas un guerrier, il a pu résister et faire face aux imprévus avec son savoir.
Le narrateur nous montre que le savoir était sacralisé en ces temps et participait à la construction de l'ordre social, ainsi, Tullia la belle jeune romaine n'avait pas interagi avec Ayrad le numide, à leur première rencontre, mais lorsqu'il lui récitait des beaux vers poétiques du poète Horatius, elle s'immobilisa surprise et le coup de foudre est là. À cet instant, elle a su qu'elle est devant un numide qui lit ! En plus, un beau jeune qui connait les poèmes du célèbre poète romain Quintos Horatius Flaccus. Les romains dans leur majorité, et en s'appuyant sur le climat qui régnait sous la domination romaine, nommaient les numides des barbares et ils prenaient distance d'eux, mais là, Ayrad comme étant son père est un lecteur, il lui a donné cette faculté de lire et apprendre cette langue qui domine le savoir, ce qui lui a permet une bonne chance avec Tullia, chose qu'il n'aurait pas pu avoir s'il ne connaissait pas la littérature romaine.
Le roman décrit Caesarea, la cité la plus romaine d'Afrique, et ce avec Youba II qui avait étudié chez les Romains et captivé le savoir ; un roi qui a écrit sur la botanique, la poésie et la géographie, d'où son influence par l'architecture romaine et le savoir Grec. Les personnages du roman sentent le malheur devant l'ordre social imposé par l'Empire d'Augustus, leurs terres sont pillées, leur langue est perdue, et la liberté n'est qu'un rêve, alors une révolte numide était le souhait de tous, mais le fait accompli leur a imposé de se taire et attendre le moment opportun. Le narrateur en décrivant les profondeurs de ses personnages, expose des problématiques qui s'avèrent existentielles, il en dit :«Pour lui, une langue était avant tout un moyen de communiquer avec les autres, il ignorait qu'elle pouvait être à la fois une précieuse relique et une plaie ouverte.»
Le roman ne laisse pas de montrer la différence de culture entre les Romains et les Numides, le personnage Syphax disait :«Les Romains pensent que la terre appartient aux hommes. Nous pensons que les hommes appartiennent à la terre», une parole qui propulse beaucoup de questionnements mais aussi d'amour à la patrie dans son sens métaphysique.
Les aventuriers qui se sont met en route vers le bouclier, ont combattu l'ignorance et l'imprévu, ont appris à surmonter les épreuves et croire à la vérité et la science, un voyage qui leur a été une leçon de vie, mais que trouveront-ils à leur destination souhaitée?
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