Lorsque la société se livre à un meurtre, l'enquête sur «La fin du désert» et l'émergence de la violence
Dans son nouveau roman «Nihayat Al-Sahraa» (La fin du désert), Éditions Nofal-Hachette Antoine, Lebanon 2022, Said Khatibi se lance dans une nouvelle expérience narrative, le roman nous plonge dans une enquête sur un crime de meurtre, en lisant ce roman policier on se laisse avec l'histoire car avec une polyphonie narrative les personnages nous dévoilent de différentes manières leur relation avec la victime, Zakia Zaghouani, le roman suit une construction narrative policière, mais il n'hésite pas à chercher le processus post-indépendance du pays.
Le romancier nous introduit dans le labyrinthe des questions, à commencer par le titre, comme étant l'Algérie est un pays qui possède un vaste désert, dont le lecteur d'abord croit qu'il est la fin est de quelque chose en ce désert, et dont la question est comment ce désert finira-t-il ? C'est peut-être la plus grande question qui préoccupe ceux qui voient le titre pour la première fois, mais le narrateur nous renvoie dès le début à «l'hôtel du désert» dans lequel vivait la chanteuse Zakia Zaghouani, et c'est presque l'endroit central de la narration où émergeront les événements du roman, voire ses questions et réponses, et tout est mêlé dans cette histoire car celui qui est innocent ira en prison et celui qui a commis le crime reste en liberté. L'image de Zakia s'entremêle avec de nombreux personnages, on trouve donc son chemin qui est partagé par tout le monde, comme si c'était elle qui contrôlait leurs destins. De l'émigration de sa famille et de ses affrontements avec ses frères, Zakia se rend à l'hôtel du Sahara, et le propriétaire Maimoun lui donne tout devant elle, alors elle devient une sorte d'autorité sur les autres, ainsi des sentiments de jalousie oscillent entre elle et les autres travailleurs, si bien qu'ils sont tous accusés de l'avoir tuée, et le narrateur ne nous répondra de sa mort qu'à la fin du roman, et à savoir que le sentiment de la menace est le prétexte à ce délit.
Ce qui distingue les personnages des romans de Said Khatibi, c'est qu'ils n'ont pas une dimension psychologique et philosophique profonde, puisqu'il se concentre sur la narration et les événements, mais ce qui est unique à ces personnages est le fait qu'ils sont attachés au passé (La révolution), le récit se développe jusqu'à nous mettre devant l'image du pays qui a subi des traumatismes et malheurs, le narrateur dit a travers son personnage Hadj Mimoun sur les malheurs du passé, et sur le colonialisme qui a laissé dans les cœurs des algériens la peur et de la tyrannie choses qui ont sévi le pays après l'indépendance, il en dit :«J'ai vécu en liberté pendant le temps de l'occupation, prisonnier pendant le temps de l'indépendance», ce passage remarquable nous transmet l'image de ce que fût le pays post-indépendance, cela nous questionne aussi ; pourquoi toute cette destruction et ce déguisement dans notre patrie, hier nous souffrons et aujourd'hui aussi, peut-être qu'on comprond la misère d'hier parce qu'elle est venue d'un étranger, mais comment la comprenons-nous aujourd'hui comme étant c'était l'œuvre des gens qui sont des algériens ?
Mimoun est l'image de beaucoup de ceux qui ont profité de la richesse du pays après l'indépendance grâce aux gains de la révolution, au lendemain de la victoire sur les colonialisteurs, il a pris une position d'apposition contre le pouvoir en place, mais l'emprisonnement lui a fait changer ses convictions et peut-être plus encore, que les délices donnés par le pouvoir à son égard lui ont fait changer de position et entrer dans la maison d'obéissance, et au milieu de cela, le lectur de ce roman nous transforme en témoins sur l'autorité des femmes à travers le personnage de Zaza (Zakia), car elle présentait un moyen important entre les mains de Mimoun pour jouer son rôle au sein des roues du pouvoir et sur les zones d'influence, le propriétaire de l'hôtel s'en sert pour participer à la gestion de la municipalité, montrant clairement l'autorité du corps de la femme dans l'action de l'influence sur les hommes de pouvoir, et ici Mimoun était conscient de ce sujet, ce qui a fait de lui le donneur d'ordre indirect et le précurseur de tout ce qui arrivera, ainsi la contrebande et le monopole du marché étaient son travail caché aux yeux et son énorme richesse.
A travers le crime, ce texte narratif veut documenter l'état d'un pays après son indépendance, et montrer la fragilité de sa société et la formation de ses relations, car l'infiltration de ce crime dans la société fait référence à de nombreuses maladies en elle. L'approche des événements d'octobre 88 laisse présager un avenir difficile et angoissant, et Said Khatibi a tenté de le disséquer soigneusement dans son précédent roman «Les bois de Sarajevo»
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