«Zanqat Al Talian» un roman sur les gens en marge, et une autopsie de l'Algérie profonde
«Zanqat Al Talian»(La ruelle des Italiens) roman de Boumediene Belekbir, ed El Ikhtilaf en Algérie et Dhifaf au Liban 2019, il a entré la longue liste du prix international Booker du roman arabe dans son édition de 2022, c'est une image de la vie quotidienne du citoyen en Algérie, avec toute sa dureté, sa douleur et son anarchie dans la vécu et la perception des choses, ce roman nous prend à ce quartier pour suivre ses évènements et quotidien, plus qu'il donne un récit et description minutieux des sentiments des personnages et les places citées dans le roman.
Le narrateur a travaillé son roman d'une manière assez vigilante car il a donné du temps à tous les personnages afin qu'ils révèlent leurs sentiments et leur image de l'histoire racontée, car à travers la lecture de ce roman, le lecteur se rapporte au personnage de Dalal Saidi et sympathise avec elle en raison de ce qu'elle a souffert et de ce qu'elle souffre de nouveau, mais quand le romancier donne la parole aux autres personnages, le lecteur se trouve dans une terrible transformation, comme étant celle qui pleurait son sort et parlait de l'injustice qu'elle subissait dans la vie, elle n'est plus innocente au milieu de tout ça, ainsi la polyphonie joue un rôle majeur dans le récit et dans le message que donne ce choix narratif dans son aspect esthétique, et dans cette courbe narrative variable, selon ma lecture, le narrateur a voulu donner une image claire de ce qu'est la vérité que l'on voit dans la vie, on ne peut pas la voir si on suit un seul chemin, en négligeant les autres chemins qui peuvent avoir la vérité.
En dépit de la lecture de la version de "Nuno L'artiste" et de "Nazim le fils", qui montre l'image cachée et hideuse de Dalal, que cette dernière voulait cacher de toutes les manières, on constate que cette femme est une victime d'une société qui a fondé les relations de ses individus sur la haine et l'oppression et sur l'obsession du contrôle et de la restriction, malheureusement dans la famille aussi, elle s'est mariée très jeune et a été forcée de prendre un mari à l'âge de son père, elle était délabré le jour du mariage où la mère de son mari l'a forcée à prouver sa virginité sur le mouchoir d'honneur et à le montrer aux proches de la famille. Elle avait dix-sept ans cette petite et ils l'ont emprisonnée avec Abdelaziz, qui a quarante ans ou un peu plus, elle faisait face à la famille de son mari qui la traite horriblement et à toute cette vie qui lui a donné le dos. Il semble aussi que cette société l'a vaincue beaucoup, car le surveillant de l'école l'a violée, mais elle n'en a pas parlé aucun comme étant elle avait la conscience totale que le fait de parler sur cette pédophilie reviendra sur elle, une société qui sacralise l'homme avec toutes ses défaillances et qui renverse la femme ne peut pas lui donner la justice.
Après le mariage, elle est devenue une poupée perdue dans cette vie douloureuse, surtout quand elle a donné naissance à Nazim, tout cela et plus a travaillé à la construction de sa future personnalité, où elle a prit la fuite de cette maison et s'est installée à "Zanqat Taliyan", cette démarche lui a montré les difficultés de vivre au sein de cette société ce qui lui a permet de forger une nouvelle personnalité forte, mais elle a toujours rencontré des horreurs! Dalal nous révèle ce qui a détérioré son psychisme, il s'agit de la force du souvenir emmagasiné dans la mémoire qui ne veut pas la laisser, elle dit à ce sujet : «Il n'y a rien qui s'appelle la victoire sur la mémoire, il y a peut-être quelque chose qui s'appelle tourner la page, mais il y a absolument rien qui s'appelle déchirer la page.»
Les autres personnages ont dépeint la marginalisation dont ils souffrent et qu'ils vivent en marge de la société, Djalal le journaliste, qui voulait faire son métier assez correctement a été emprisonné et torturé par les gangs qui ont la main au pouvoir, Nazim le fils a grandi sans mère et sans soins, cela lui a fait haïr sa mère, qu'il a vu corrompre la relation de maternité à plusieurs reprises. Nuno L'artiste, le mouchard qui renversait ceux qui ont des idées différentes du pouvoir en place, et Naji Al-Rajla (Najat), qui a été transformée par les tragédies et les hyènes de la rue en un homme qui ne veut que se défendre, elle dit avec une certaine douleur :«Dans une société sauvage c'est de l'ordre légitime que la femme devienne un être dépourvu d'émotions», aussi Rachid al-Afrit, victime de son ignorance et des organisations qui veulent étendre leur contrôle sur les choses.
Dalal Saidi revient à la fin pour achever l'histoire dans une sorte d'obsessions et d'hallucinations qui l'ont brisée et elle a commencé à imaginer des choses qui sont irréelles, et lorsqu'elle vagabondait dans les rues, elle ne les voit que vides, et elle se demande en terrible curiosité, où sont les gens ? Où est l'embouteillage? Alors elle pense que c'est la fin du monde, mais ensuite elle se rend compte que c'est un autre ennemi mortel et surnaturel, qui a envahi la ville et infiltré toutes ses articulations, on le retrouve partout et on le voit à peine, et cette histoire se termine avec le son d'un vieil homme criant au visage d'un Chinois devant elle : Oh Corona... Oh Corona Oh Corona...
Le roman est une simulation réaliste de la corruption que connaît l'Algérie, enracinée dans les institutions de l'État et dans les cœurs de certains prédateurs qui veulent écraser ceux qui sont moins puissants qu'eux, aussi, une image de la société et de ses traditions dépassées, de l'individu, en particulier la femme, qui subit cette déformation sociétale, et de l'échec qui s'accumule au quotidien vécu et dont on ne peut plus sortir de son cloaque puant qui nous engloutit d'un jour à un autre.
Dans tout cela on voit un beau langage narratif de Boumedienne Belkebir et une connaissance particulière de l'emploi d'un vocabulaire que demande la situation.
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