Les manifestations de la crise de l'exil et le rapport de l'intellectuel à la patrie dans le roman de Malek Haddad "Le quai aux fleurs ne répond plus".
L'écriture romanesque avec la poésie est une expérience vécue par les romanciers poètes, la langue se distingue par eux, de sorte qu'elle se transforme en une cascade courante de sensations et de sentiments, chose que seule la poésie peut éveiller, ainsi, la combinaison de la poésie dans le roman est une forme unique, car la narration se fait avec une douce récitation poétique.
A cet égard, on trouve l'importante expérience du romancier et poète francophone algérien Malek Haddad, qui écrit dans un langage poétique séduisant, et qui travaille sur la question de la patrie et de l'exil dans son roman « Le quai aux fleurs ne répond plus», ed Julliard en France 1961, ed Média-Plus En Algérie 2008, Le romancier tire les événements de ce roman de son expérience personnelle, lorsqu'il s'est exilé en France pendant la période coloniale. Malek Haddad éblouit le lecteur par la force attractive de ses mots, celui qui lit pour Malek ne peut pas supporter ses émotions car il est l'un des rares à savoir chevaucher la poésie et le roman. Lire les romans de Malek Haddad nous poussent à demander s'il s'agit vraiment des romans ou des poèmes ? En lisant «Le quai aux fleurs ne répond plus» nous nous trouvons à l'intérieur de son recueil «Le malheur en danger», c'est ainsi qu'il s'est fait un nom et une réputation dans le monde entier. Ce roman, qui semble immortel par son intertexulité avec d'autres œuvres littéraires, a influencé de nombreux écrivains algériens, à l'instar d'Ahlam Mostaghanemi, qui a prêté Khaled Ben Tobal l'hero de Malek Haddad, et a écrit à travers son nom un roman à grand succès et dont elle a construit son image de romancière très connue aujourd'hui, à savoir «Memoires de la chair». Pour sa part, le célèbre romancier Yasmina Khadra a évoqué plusieurs fois que lorsqu'il a lu «Le quai aux fleurs ne répond plus», il en a devenu fier d'être Algérien.
Dans ce roman, le lecteur suit une histoire d'un Khaled ben Tobal le poète, qui s'est émigré en France à l'époque coloniale, il rencontre là-bas son ami d'enfance, l'avocat Simon, qui a réussi sa vie après avoir quitté l'Algérie vers la France très jeune, aujourd'hui il n'est plus le même, il n'aime plus ce pays dans lequel il est né, ou ne le voit plus de la même manière comme il le voyait enfant.
C'est ainsi que le narrateur va nous plonger en face des choses, dans un dialogue qui a eu lieu entre ces deux amis lors de leur rencontre، on lit khaled qui s'adresse :«Mon petit Simon, comptes-tu rentrer un jour chez nous ?» et Simon répond :«chez nous?» Et c'est sur un ton comme si ces mots «sont dépourvues de toutes signification, de tout contenu concret».
Khaled reçoit les premières secousses à travers ce dialogue délicat, et peut-être le lecteur verra dans la structure de ce discours une forme de la relation qui s'est établie dans les racines du colonialisme entre la patrie et ses enfants.
Dans un dialogue subtil entre Khaled et Monique la femme de Simone, on lit :«Entre ta mère et la mienne, il n'y a pas de sang commun, mais il y a du sang en commun. A mon sens elles ne devraient pas être que de simples belles-sœurs. Mais je veux, moi Khaled ben Tobal, homme de cœur et de petite dimension, que ma mère sente les fleurs d'orange, comme la tienne la lavande, souveraine, totalement souveraine dans sa cuisine, comme la tienne, dans sa cuisine. Mais je veux que ta mère se dise qu'elle a beaucoup de choses à apprendre de la mienne et que ma mère a plus souffert de la tienne que la tienne de la mienne». Sur ce, Malek Haddad focalise son étude sur la relation épineuse entre l'Algérie et la France pendant la période coloniale et comment elle doit être, et avec une approche subtile aussi, en utilisant le concept de la mère, car elle a une place particulière dans toutes les coutumes, et tout le monde en est fier, de sorte que cet usage nous emmène à ce qu'Albert Camus a dit le jour où il a reçu le prix Nobel de littérature en 1958, lorsqu'il a disait :«Je crois à la justice mais je défendrai ma mère avant la justice», la démarche de Haddad nous renvoie à tout cela, chose qui est considéré comme une force esthétique dans ce roman, Malek Haddad a choisi la justice dans son sens le plus humain, et n'a pas vu qu'il devait être hostile à cette tante avec qui il a «du sang en commun», mais s'attend plutôt à l'apprécier avec sa position dans son cœur, mais cela ne signifie pas qu'elle le domine ou qu'elle commande ses enfants pour le priver de son droit et de sa liberté.
Je fais référence, dans ma lecture ici, à Camus et à ce qu'il a dit sur sa "mère", et c'est parce que je sens, selon ma vision que l'idée est finement liée à lui, car Khaled le confirme encore une fois :«Moi Khaled ben Tobal, un homme de cœur et de petite dimension, je pense d'abord à ma mère, par ma mère, pour ma mère, ce qui ne m'empêche pas évidemment de pouvoir aimer ma tante à la condition indiscutable que mes cousins ne se prennent jamais pour mes oncles!».
C'est ainsi que Malek Haddad nous entraîne habilement dans la valorisation de son pays et de son attachement à sa patrie et son importance dans ce contexte historique où le monde n'entendit pas la voix du colonisé.
En décrivant son état, Malek Haddad nous donne une expression éloquente des sentiments mitigés qui s'enflamment en lui, il dit alors sur Khaled, et où l'âme du lecteur s'ébranle : "Comme la guerre, il cherchait la paix», un parfaite démonstration de ce qu'il le hante, et ce qui s'y ajoute c'est sa grande nostalgie pour sa femme, Wrida qui l'a laissée à affronter seule la dureté de la guerre.
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