Le questionnement de l'art et de ses représentations dans l'adaptation théâtrale du roman «Le fou de Marilyn» de Rabia Djelti

Article de : Islem Kheniche


Les bons livres sont bénéfiques pour la santé intellectuelle de l'homme, ainsi le théâtre et le cinéma ont toujours été des moyens entre les mains de l'art pour faire revivre les précieux romans et leur insuffler un nouveau souffle, en les adaptant et en attirant à nouveau l'attention des lecteurs.


Le roman «Azib hay El-Morjane» de la romancière algérienne Rabia Djelti, ed El-Ikhtilaf en Algérie et Dhifaf au liban, traduit en français et paru en 2019 par la regrettée Amina Mekahli aux éditions Dalimen, sous le titre «Le fou de Marilyn», a été récemment adapté au théâtre, la pièce a été projeté premièrement au théâtre «Abdelkader Alloula» à Oran, et après, dans différentes sales du théâtre dans d'autres wilayas, le scénario et la mise en scène sont assurés par Mourad Meliani, et production du théâtre régional d'Oran.

 Pendant que je lisais ce roman, différentes caractéristiques m'apparaissaient, et qui me faisaient réfléchir à des questions que pose la littérature, et peut-être que ma lecture de ce roman est différente car je l'ai lu en même temps de son adaptation au théâtre. Le roman parle sur les problèmes et le vécu d'un citoyen algérien dont le personnage de «Zoubir Crevette» joue le rôle, ce dernier qui vit une crise psychologique en voyant tout le monde comme des ennemis qui menacent son innocence, comme étant il a un corps un peu étrange, chose qui lui a fait subir la honte et les mauvais commentaires des autres. Zoubir Crevette est un lecteur avide des romans et de livres, mais on touche dans le récit ses questions sur cette situation dans sa vie, est-ce que les romans suffiront-ils dans sa vie ? Une question qui nous impose à méditer avant de partir à répondre, il entend toujours des mots à cet égard, même de la part de ses amis les plus proches : « Khlik nta m3a kotoubatak w riwayatek khoya Zoubir Crevette». Dans la vie de Zoubir, les romans ne rendent pas sa vie pleine de bonheur, car sa vision des choses est simple, il ne sait pas se comporter avec les femmes ni de prendre soin de lui-même compte tenu de son sentiment constant d'infériorité formé psychiquement par la grande taille de sa tête et son isolement routinier dans son travail le matin, et de rester dans son appartement le soir, on le trouve ainsi, en train de se rattraper l'absence de ses relations avec les femmes avec les nombreuses photos qui remplissent son appartement, en particulier sa relation imaginaire avec le portrait de la plus belle femme de l'histoire Marilyn Monroe, il fera parler d'elle en permanence et on lit leurs dialogues virtuels en sentant une forme de vouloir combler la privation auquelle il est exposé cet éternel «célibataire» !


 La crise de Zoubir ne se forme pas seulement à partir de cette partie, mais ce qui m'intéresse dans ce roman en particulier,  et parallèlement à son adaptation au théâtre, c'est le développement de sa personnalité dès l'enfance. L'idée de l'appeler avec cette nomination «Zoubir Crevette» le trouble et le rend frêle, cette situation qui lui est collée depuis l'enfance, il s'en sort un peu lorsqu'il improvise une scène en public où il leur montre la chose qui les effraie, et apparemment la Crevette représente une voie ou une idée fondatrice du personnage de Zoubir dans ce roman, et on ne peut s'en passer dans aucune représentation ou assimilation de ce roman, de ma part je questionne la pièce théâtrale, est-ce-qu'elle a touché cette thématique? Et est-ce-qu'elle a montré la scène décrite dans le roman, où Zoubir se montre devant le miroir tout nu avec son organe? Ou peut être, ce que j'appelle «la critique moraliste guetteuse», a empêché l'émergence d'une idée de base dans la pièce théâtrale? Ces questions me hantent, et à mon avis la pièce restera perdue si elle n'inclut pas des signes du crevette, car par là, le personnage de Zoubir reste non-conforme et devient un Zoubir au lieu de «Zoubir Crevette», mais si cela est pris en charge par l'adaptation théâtrale, comment la critique moraliste y répondra-t-elle? Les spectateurs l'accepteront-t-il comme un fait artistique que doit impluser la pièce dans son déroulement? Ces questions me poussent fortement à regarder cette pièce théâtrale et à y répondre. 

Dans le roman, Zoubir Crevette s'attache à la personnalité de son ami Abbas qui possède des caractéristiques qui le rendent unique et aimable parmi les autres.Cet ami sera toujours fidèle à Zoubir malgré ce qu'il va devenir comme étant un homme du pouvoir et du prestige, mais ce qui relance ma réflexion et mon interrogation est de savoir comment la narratrice dépeint le parcours de cet homme car on lit au début du roman :«Le raisonnement d'Abbas est incontestable, et son questionnement est clair. Comment un pouvoir révolutionnaire dans un pays jeune peut-il faire venir en masse des enseignants de l'Orient et du parti des "Frères musulmans" porteurs d'une idéologie non révolutionnaire dans le pays de la révolution, une idéologie qui contredit ce que défendaient les Algériens?», à travers le récit dans ses débuts on voit un Abbas qui est un citoyen conscient de la situation politique et sociale de son pays, et c'est bien d'ailleurs, d'après les dires de Zoubir, ce qui le distingue du reste de ses amis à l'école, mais à une autre étape de sa vie, Abbas deviendra un homme du pouvoir qui obtiendera l'un des postes ministériels les plus importants dans l'État. Cette démonstration montre dans un chemin d'analyse le changement des raisonnements et des principes des hommes, car comment expliquer qu'un citoyen qui a des idées totalement différentes de celles du pouvoir, il court avec toute sa force lorsque l'opportunité se présente devant lui ? Dans un autre chemin, la romancière n'a-t-elle pas prêté attention à ce changement de la personnalité d'Abbas ?


 C'est ainsi que sont les bons romans, ceux qui nous interrogent et nous tourmentent par les questions, et ce que je pose comme dernière question est, de savoir si mes questions se termineront-elles avec ce roman lorsque je regarderai la représentation théâtrale?  Peut-être...



NB : l'article en arabe dont la figure est sus-partagé est paru dans le journal arabophone Sawt Al-Ahrar, edition du Mercredi 30 Novembre 2022. 

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