«Le dernier juif de Tamentit» en face des tabous et pour la réécriture de l'histoire

Article de : Islem Kheniche

À la fin du roman «Le dernier juif de Tamentit» d’Amin Zaoui, ed. Barzakh, 2012, on lit :«Les mensonges sont-ils plus forts, plus blessants, que les histoires vraies ?», un questionnement qui doit être posé par chacun de nous, la vérité quelle soit amère ou non vaut la peine de la chercher, et de la découvrir en toute nudité, Zaoui dans ce roman, et à l'accoutumée, est audace, de par l'accès libre à la matière du sexe mais spécifiquement, en cherchant à réécrire les faits historiques, le sujet exposé est un tabou dans la société algérienne, voire maghrébine et arabe, il s'agit du juif...



C'est l'histoire de deux amants, Ibraham( de temps en temps appelé Abrahim) et Barkahoum, qui racontent leurs histoires tout en faisant l'amour, la polyphonie joue dans le texte, entre ces deux personnages et d'autres en surpassant les temps, depuis l'Andalousie à la guerre de libération jusqu'à aujourd'hui, Ibrahim qui est issu d'une famille juive algérienne, il raconte ce que vécurent ses ancêtres dans l'Andalousie, d'où ils furent expulsés, la voix de sa mère le hante lorsqu'elle lui dise :«ton arrière-arrière-grand-père fût brûlé vif, en pleine rue, à Tolède. Notre famille a été forcée de quitter ce pays où nous avions vécu heureux», les juifs expulsés, se sont dirégés vers le Nord-ouest de l'Algérie, la ville de Tlemcen. En suivant le chemin de l'histoire, les juifs ont entré l'Algérie en 1492 après le fameux décret de L'Alhambra signé par le rois catholique, qui annonce l'expulsion des juifs de l'Espagne, ainsi l'histoire des juifs en Algérie commença, des années qui passent et cette communauté se propage à travers les quatres coins du pays, mais plus précisément dans la région de Tamentit située à Adrar, une grande ville qu'habitaient les musulmans et juifs.


 Zaoui se lance dans ce roman pour décrire la cohabitation entre les deux communautés qui caractérisait cette période, de même la période de l'Andalousie, une coexistence mutuelle, le romancier mélange son récit entre religieux et historique et amour, tant de passages du Saint Coran sont utilisés afin de donner la forme du récit, ainsi que le passage durant l'histoire en parlant sur Cheikh Sidi Abderrahmane Athaâlibi et sa fille Zineb l'épouse de Cheikh Abdel Karim Al Maghili. Sur ce, le narrateur nous emmène à Tamentit où le célèbre Cheikh Al Maghili a lancé une Fatwa contre la présence des juifs à Tamentit, en les obligeant à payer la Jizya (rançon) en faveur de leur présence là-bas, commença ainsi «la guerre qui parle la langue de la haine et du sang», entre musulmans et juifs.

Le sexe, comme étant sujet préféré de Zaoui, est présent tout au long du roman, à travers les deux amants Ibrahim et Barkahoum et les souvenirs racontés par ces deux derniers, l'amour charnel se donne comme témoin dans tous les temps, la tante d'Ibrahim Thamira La Mangeuse d’hommes qui s'est marié avec un Imam musulman en dépit qu'elle est juive, car elle se trouve dans l'amour et le sexe et non dans une autre sphère, le narrateur nous montre les impressions des premières découvertes du sexe dans les romans et les livres, dont Imarn(oncle d'ibrajim) et son attachement avec les romans d'Henri Miller et le personnage de Shylock dans "Le Marchand de Venise" de Shakespeare, aussi on trouve l'impression de Barkahoum toute petite lorsqu'elle découvrait dans les livres arabes de son père amassés dans sa bibliothèque le sexe, et elle se laisse dire :«Je n'ai jamais pu imaginer que la langue arabe, qu'Allah a employée pour communiquer avec son prophète, pouvait servir à décrire des scènes aussi osées et provocatrices», dans tous les passages de ce texte romanesque on y trouve la responsabilisation du patrimoine musulman et juif, tout en utilisant des témoins que ce soit du Hadith ou des versets coraniques. 


 Le romancier nous emmène à cette époque très sensible pour voir ce qui est non-dit dans l'histoire, pour découvrir le point départ de l'histoire de cette hostilité entre l'algérien musulman et juif.

  En tanant compte de la sensibilité de la question du juif en Algérie, celui qui l'habitait, qui en a des souvenirs et des morts dans sa terre, celui qui a combattu le colonisateur pour la voir libre et indépendante, la question qui se pose aujourd'hui, comme étant le contexte a changé et la citoyenneté et le vivre ensemble règnent comme besoin vital dans toute société, est-ce que le juif algérien a le droit de vivre dans son pays sain et sauf? Son droit d'appartenir à cette patrie? L'histoire est injuste dans beaucoup de ses pages, N'a-t-on vraiment pas la force de changer les choses? Le romancier dans la fin du roman dit, à travers son personnage Ibrahim lors de la mort de son grand-père Hadj Mimoun :«Depuis plus de vingt ans, c'était lui qui veillait à l'entretien du mausolée de chiekh Al Maghili et sur le petit cimetière juif. Il cherchait à tisser une relation d'amour entre les morts. Un amour en permanence contrecarré ou combattu par les vivants», un passage à méditer ! 

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