«La boite du sable» un reportage pour l'humanité avec la voix d'un soldat

Article de : Islem Kheniche

Le colonialisme est un acte barbare, dans lequel les armes parlent à la place des personnes, ses tragédies se multiplient et nous parviennent par divers moyens, mais la littérature spécifiquement représente un lien réel avec ce qui s'est passé, son avantage est qu'elle touche profondément les sentiments et les intimités, à vrai dire la littérature est devenue aujourd'hui, dans son aspect humain, une façon d'une belle vengeance des faits hideux commis dans le passé, comme étant on s'intéresse au passé de l'humanité dans toutes ses différences, comme le dit Nikos Kazantzakis : « Nous n'exprimons pas nos désirs personnels, mais plutôt nous exprimons, à travers nos cœurs, les désirs d'un nombre incalculable». 

À cet égard, on cherche à découvrir avec la romancière Libyenne Aïcha Ibrahim le colonialisme Italien en Libye dans son roman «La boîte du sable»(Sondouk Al-Raml) ed Al-Mustawasit à Milano 2022. Au début, le titre est un mystère pour le lecteur, car il exprime quelque chose tangible, mais en se laissant avec le récit ce mystère sera déchiffré, et que cette mytonimie nous renvoie au pays d'Omar al-Mukhtar, à savoir la Libye, ainsi, la romancière a emprunté ce titre de la parole du sénateur socialiste italien Gaetano Salvemini, qui était contre l'invasion de la Libye, car celle-ci n'est, selon lui, qu'une boite de sable dans lequel ils pousseront leur jeunesse au four crématoire.


«Pourquoi mon pays m'a-t-il jeté dans la boîte du sable brûlant ?», le protagoniste du roman, Sandro Comparetti, qui a été envoyé à la guerre, pose cette terrible question, car la vie des soldats est devenue un jeu entre les mains des politiciens, en les envoyant dans une guerre inutile, notamment inhumaine. Le roman suit la vie de ce soldat, et le décrit dans ses états d'esprit fragiles, dans ses espoirs et malheurs. Cette substance sensible dans la mémoire collective du peuple Libyen rend le travail de la romancière délicat et épineux comme étant la guerre est affligée par ses frères libyens, alors comment parlera-t-elle des drames d'un Italien qui a tué et combattu sa patrie? Ce dilemme dans le choix narratif et le développement des évènements du récit poussent le lecteur à se poser la question, la narratrice est-elle tombée dans le piège de la vénération de l'autre sans le savoir ? Le récit se développe et le suivi de la vie de Sandro se poursuivra jusqu'à qu'on se trouve dans le but cherché par la romancière, tous ces sentiments envers ce soldat vont tourner intelligemment en faveur de la cause Libyenne, ce qui a suscité ma surprise et mon admiration, car la narratrice exploite ses personnages dans un mouvement qui nous pousse à condamner les nationalistes Italiyens à Rome qui ont envoyé leurs compatriotes pour mourir, tuer et torturer des gens pacifiques, et dans l'une des scènes décrivant l'état de Sandro devant les cadavres entassés, il se tiendra «étourdi, immobile, brisé comme une statue de sable, frappé par son regard mystérieux (Halima) et avec la conscience de son éternelle réfraction. Il se rend compte l'instant d'après qu'il est un être misérable, enchaîné par un destin de honte». Il était persuadé encore que son pays :«L'italie entière n'est qu'un énorme machine qui écrase tous les corps avec ses engrenages, pour en faire une matière de consommation conforme aux intérêts du nouveau capitalisme».

Sur ce, Aïcha Ibrahim démantèle la théorie coloniale avec une manière habile, comme étant elle fait déclarer à un témoin des leur toute cette disgrâce, et elle décortique le parcours de cette formation dans la pensée des nationalistes italiens.


En racontant les événements de l'arrivée des envahisseurs italiens sur les rives de la Libye, la romancière montre comment cette campagne a été bénie par le «Saint-Siège au Vatican», et ce du fait qu'on connait l'apport du discours religieux sur le public, et comment il a joué un rôle dans de telles atrocités. En parallèle, on lit  sur «l'hymne national spécial pour le rassemblement des soldats partant à la guerre» d'après la chanson de Gia Garcinda «Tripoli la belle terre d'amour» où elle la chante aux soldats dans des grandes fêtes, et cette chanson leur promet bien du bonheur. 

Le roman dit que pendant la guerre, il y a de petites vies pour tous les soldats et décrit cette tristesse et honte dans leurs âmes, eux qui souffrent seuls, mais ça justifie-t-il qu'ils sont des envahisseurs qui tuent et torturent des femmes et des enfants ainsi que des vieux? Le fait de prendre des Lybiens aux prisons d'Ustica; l'île de l'horreur gothique au passé noir à travers les âges?  Les épidémies et les cadavres des enfants et des gens simples et pacifiques répandus? Est-ce que tout cela est pardonné devant cette fatalité? Ce positionnement narratif donne la singularité de ce roman et du récit d'Aïcha Ibrahim dans le roman colonial arabe.

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